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Les bourses de fret, partenaires clé du transport routier

Publié dans l’Officiel Des Transporteurs. Pour aider leur communauté de transporteurs à sécuriser leur activité tout en gagnant en productivité, les bourses de fret enrichissent leurs plateformes de nouvelles fonctionnalités.

À l’heure du Covid 19, les entreprises du transport routier de marchandises voient leur activité ébranlée par la mise à l’arrêt de leurs clients. Ce qui se traduit, entre autres, par la mise en repos ou en congé des conducteurs. Voire au chômage partiel. Pour autant, tous les transporteurs ne sont pas touchés et bon nombre continuent encore de sillonner les routes. Ce sont ces entreprises que les opérateurs des bourse de fret ont dans leur viseur. À commencer par Teleroute) qui invite les entreprises de transport et les commissionnaires à rejoindre sa communauté. Ils pourront, sans engagement contractuel, utiliser gratuitement les services de cette plate-forme. Et ce, jusqu’à fin juin. De quoi répondre à l’augmentation drastique du volume de marchandises à destination des commerces de détail et de l’industrie pharmaceutique, indique la filiale du groupe Alpega. Cet opérateur compte dans son giron deux autres bourses. A savoir, le roumain 123Cargo/Bursa et l’espagnol Wtransnet. Lequel a été racheté en 2018 par Alpega. Depuis, Teleroute publie quotidiennement 200 000 offres de fret et compte plus de 70 000 utilisateurs.

Garantie des paiements sur Teleroute

Pour aider ses clients à sécuriser leurs transactions, Alpega vient de lancer en France un service qui permet de garantir les paiements pour les transporteurs. Et ce, grâce à un partenariat avec Coface, leader mondial de l’assurance-crédit. « Notre nouveau service garantit aux transporteurs une protection en cas de non-paiement et s’inscrit dans notre vision de mettre en place un réseau collaboratif sécurisé pour le secteur du transport », indique Stéphane Eliasu, le directeur commercial France Marketplace chez Alpega. Ce dernier en profite pour rappeler qu’il dispose également d’un système de notation et d’information sur les entreprises. Ses abonnés peuvent le consulter gratuitement. « Il s’agit d’un des services les plus appréciés par nos clients puisqu’il leur permet d’entamer de nouvelles collaborations en toute sécurité », rapporte le directeur commercial. Lequel propose aussi un service de médiation des impayés qui aide ses clients à encaisser leurs factures dans 95 % des cas.

« Notre nouveau service garantit aux transporteurs une protection en cas de non-paiement »
Stéphane Eliasu, directeur commercial France MarketPlace chez Alpega
©Alpega

La sécurisation des transactions constitue un des points forts de Teleroute, selon Steve Hantzberg, un commissionnaire de transport routier qui intervient sur la France et l’Europe. L’entreprise, qui compte 27 ans, s’appuie sur une base de 10 000 partenaires dont 300 avec lesquels elle travaille très régulièrement. « Pour l’activité transport en France, nous utilisons B2PWeb et Teleroute pour l’Europe », explique le commissionnaire qui trouverait intéressant que Teleroute donne aux affréteurs la possibilité de savoir qui consulte leurs offres pour pouvoir les rappeler. Mais aussi pour donner aux transporteurs la possibilité d’afficher leur prix de transport lorsque ceux-ci sont fermes. De quoi gagner du temps dans l’attribution du transport.

Le service B2P Optim crée un corridor virtuel pour optimiser les recherches
©B2P Web

Amélioration du suivi de commandes chez Timocom

De son côté, l’Allemand Timocom enregistre aussi une croissance inédite des demandes pour le début d’année. Soit +4 % en janvier et de +19 % en février. « Ce sont les relations France-France qui en ont surtout profité, comparé à 2019, précise Lucie Freyburger, responsable France chez Timocom. « Concernant le mois de mars, les offres sont plus tournées vers l’international », indique l’opérateur qui a enregistré l’an passé 76 millions d’offres de fret dans 44 pays. Soucieux de répondre aux besoins de ses utilisateurs, la bourse née en 1997 a enrichi son logiciel de nouvelles fonctionnalités afin d’améliorer le suivi des commandes. Autre apport récent, l’ajout de pièces jointes comme l’attestation de livraison dans le but d’accélérer le processus de paiement. De quoi intéresser ses quelque 130 000 utilisateurs dont fait partie le transporteur Kleyling.

Ce dernier compte parmi les premiers utilisateurs français à s’être abonnés au service du fait de sa proximité avec l’Allemagne. « Nous utilisons Timocom depuis août 2001 », se souvient Thierry Leidemer, directeur général de Kleyling dont le siège est basé à Algolsheim (68). Avec ses 140 collaborateurs, ce transporteur, lauréat du trophée national 2019 de la meilleure performance environnementale, opère principalement en Allemagne, au Benelux, en France et en Suisse. « Notre parc compte 70 véhicules moteur et 110 semi-remorques », indique le dirigeant qui apprécie d’ailleurs de disposer du système d’information et de notation pour connaître la solvabilité et la santé financière de ses partenaires français et étrangers. De quoi sécuriser les envois. Au plan pratique, Timocom est interfacé avec la bourse B2PWeb. « En tant qu’adhérent du groupement Astre, cofondateur de B2PWeb, nous l’utilisons en priorité », explique Thierry Leidemer. Résultat, lorsqu’un de ses exploitants saisit une demande de fret, elle s’affiche d’abord sur B2PWeb pour qu’elle soit visible d’abord par les autres membres du groupement avant de basculer dans Timocom.

« Nous utilisons en priorité B2P Web en tant qu’adhérent du groupe Astre« 
Thierry Leidemer, dirigeant de Kleyling

Un assistant de recherche de fret pour B2PWeb

Avec ses 10 000 clients et ses 33 000 utilisateurs, B2PWeb, filiale de H2P, s’impose aujourd’hui comme la bourse de référence sur le territoire français. « 90 % des flux sont franco-français », indique Audrey Cayetano, responsable service produit de l’opérateur. Afin d’optimiser son service, ce dernier présentera dès le mois de mai une nouvelle version de l’Assistant de recherche de fret. Développé à l’origine par la startup Fifty Truck, qui a été rachetée l’an dernier par H2P, ce service innovant facilite la recherche de fret grâce à des algorithmes. L’idée est de créer un corridor virtuel entre les points de départ et d’arrivée afin d’optimiser les recherches grâce à l’affichage des offres se trouvant sur le trajet du camion. « Les résultats sont classés par pertinence, en fonction de la capacité de chargement et du détour à effectuer pour aller chercher le fret. Cette nouvelle version permettra aux exploitants d’être plus efficaces et de trouver rapidement des offres susceptibles de l’intéresser », reprend Audrey Cayetano.

Cette amélioration aiguisera sûrement la curiosité de Charles-André Ripoche, dirigeant des Transports éponymes. Créée en 1967, l’entreprise familiale dont le siège se situe à Beaupreau-en-Mauges (49), est spécialisée dans le transport interurbain de lots pour les secteurs de l’industrie et l’agroalimentaire. « Nous sommes 135 collaborateurs dont 105 conducteurs avec un parc de 73 moteurs et 110 semi-remorques, décrit le dirigeant dont l’entreprise est abonnée à B2P depuis sa création. « Nous l’utilisons en tant que sous-traitant afin de compléter un chargement et comme affréteur pour écrêter certains trafics » rapporte Charles-André Ripoche qui recourt aussi au service d’échange de palettes accessible depuis la bourse B2PWeb. Ce qui lui permet de connaître le point service le plus proche où ses chauffeurs pourront récupérer ou déposer des lots de palettes et ainsi les décharger de la gestion coûteuse des palettes vides. Le service lui a fait économiser des milliers de kilomètres. Des économies bonnes à prendre dans un contexte où le Covid-19 l’oblige à revoir son organisation. « Nous avons mis une partie de nos conducteur au repos ou en congés payés car les volumes sont extrêmement faibles et la bourse fonctionne au ralenti », rapporte le dirigeant qui s’applique à rééquilibrer les allers-retours en sous-traitant certains axes, notamment la Normandie, afin d’éviter les retours à vide.

« Nous recourons aussi au service d’échanges de palettes accessible depuis la bourse B2P Web« 
Charles-André Ripoche, dirigeant de Ripoche Transports

Upply, le nouveau challenger des Market Place

Cette place de marché a été créée par Geodis. Elle met gratuitement en relation les transporteurs et les chargeurs. Elle se rémunère via des frais de gestion payés équitablement par les deux parties.

Depuis octobre dernier, le marché des Marketplace de transport compte un nouvel entrant : Upply. Ce nouvel opérateur met gratuitement en relation directe les transporteurs non seulement avec les commissionnaires mais aussi avec les chargeurs sans avoir à payer un abonnement. La plateforme se rémunère via des frais de gestion correspondant à 5 % du prix du transport agréé entre le transporteur et le chargeur. Chacun d’eux paie donc un montant de 2,5 %, nous indique Upply. Rappelons que cette plate-forme a été créée par Geodis qui a mis à contribution son expertise métier ainsi que la Data Science.

En témoigne Smart, un premier service lancé en novembre 2018. Il permet aux utilisateurs de comparer de manière instantanée des tarifs de transport de marchandises (jusqu’à 100 000 lignes de transport simultanées). Ce qui leur permet d’anticiper la volatilité des prix et d’être éclairés aux mieux dans leur prise de décision. Par ailleurs Upply propose un service de Matching. Lequel met en correspondance les offres et les demande de transport. Enfin, la nouvelle plateforme transactionnelle intègre des fonctionnalités qui simplifient les démarches des chargeurs et des transporteurs. Par exemple, l’aide à la négociation des conditions tarifaires et opérationnelles via une messagerie instantanée.

En mars, Upply comptait plus de 900 entreprises inscrites. Parmi lesquelles, le Transports Dupas Lebeda. Basée à Fechain (59), cette PME compte 44 collaborateurs dont 32 conducteurs et un parc de 30 tracteurs et 45 remorques. L’entreprise mène trois activités de front. A savoir, la logistique, l’industrie et le transport. « Nous transportons principalement des palettes pour l’agroalimentaire, les cartonneries et autres matières premières mais aussi l’hygiène, la literie et l’ameublement », indique Karl Lebeda, le directeur général qui s’apprête par ailleurs à multiplier par presque trois sa capacité logistique. Celle-ci passera de 8 000 m² à 20 000m² grâce à la construction d’un dépôt près de Cambrai (Nord).

« Nous enregistrons pour l’heure une hausse de nos flux relatifs à l’activité industrielle mais 40 % de nos clients sont fermés actuellement. Ce qui rend difficile de se projeter de façon précise dans les prochains mois », poursuit le dirigeant de l’entreprise. Membre du groupement Astre, ce dernier utilise la bourse B2PWeb pour travailler avec ses confrères. Ce qui ne l’empêche pas de tester la place de marché de Geodis. Il y poste ses capacités de sorte que ses exploitants soient alertés automatiquement en cas de demandes du marché. Avant de déposer une offre, il analyse la moyenne des tarifs pour voir si celle-ci est à la hausse ou à la baisse. « Sur certaines régions, je peux me rendre compte si nous sommes plus compétitifs ou plus chers », explique Karl Lebeda. Lequel regrette toutefois que la négociation se fasse uniquement par écrit et non à l’oral. « Ce processus est trop lent. Le temps que le client se décide, nous avons déjà rechargé nos camions ! »

« Je peux voir sur certaines régions si nous sommes plus compétitifs ou plus chers« 
Karl Lebeda, le directeur général de Transport Dupas-Lebeda

Transports Cobigo roule avec B2PWeb

Pour rentabiliser 10 % ses retours vers la Bretagne, le transporteur basé dans le Morbihan mise sur la bourse de fret des transporteurs français.

« Les flux de transport apportés par les bourses de fret représentent jusqu’à 10 % de notre chiffre d’affaires pour la partie recherche de fret qui s’élève, pour 2019, à 12 millions d’euros, confie Patrick Rolland, directeur d’exploitation de Transports Cobigo, une entreprise créée en 1933 qui emploie une centaine de salariés. Dans les régions où nous n’avons pas de client, nous sommes obligés de nous appuyer sur les bourses de fret afin de recharger nos véhicules pour le retour à notre base à Baud dans le Morbihan. »

Clairement, la société privilégie B2Pweb : « Normal : nous faisons partie des actionnaires à l’origine de sa création. Comme beaucoup de transporteurs, reprend Patrick Rolland. Téléroute (aujourd’hui Alpega), c’était cher. C’est d’ailleurs ce niveau de prix qui a conduit la profession à créer B21PWeb. Aujourd’hui, cette plateforme nous sert aussi bien à rechercher du fret qu’à déposer des offres pour que des confrères puissent en profiter. »

Reste que Transports Cobigo ne boude pas complètement Téléroute : « Nous y recourons seulement lorsque nous avons du fret à l’international. Mais cela nous arrive rarement », reconnaît le directeur d’exploitation. Inversement, Transports Cobigo propose sur B2PWeb des flux au départ de Bretagne lorsque le niveau de commandes dépasse ses capacités de transport. « En fait, nous affrétons assez peu. Notre métier, c’est d’abord d’être transporteur », poursuit Patrick Rolland qui apprécie l’ergonomie des interfaces de B2Pweb. Notamment celle de la fonctionnalité GedTrans qui permet d’évaluer le risque client transporteur. « Grâce à la rigueur des systèmes de validation des profils sur les bourses de fret, nous avons rencontré très peu de défauts de paiement. Et les décalages de paiement sont assez rares », précise le directeur d’exploitation.

« Avec le Covid-19, nous subissons un effondrement de notre carnet de commandes car beaucoup d’entreprises, notamment dans le BTP, ont cessé leur activité. Pour autant, nos clients de l’agroalimentaire breton comptent sur nous pour acheminer leurs produits vers les bassins de consommation (Paris, Lyon…) souligne Patrick Rolland. Du coup, nous souffrons terriblement du manque de fret de retour. Dans ces circonstances, les bourses de fret, qui reflètent le confinement généralisé, sont extrêmement pauvres. Elles ne nous sommes pas d’une grande aide. »

Pour la partie recherche de fret, les flux de transport apportés par les bourses de fret pèsent jusqu’à 10% du chiffres d’affaires de Cobigo (12 millions d’euros en 2019)

© Eliane Kan et Erick Haehnsen